« Une chienne » de Wajdi Mouawad.

Aujourd’hui. Aphrodite, la Vierge et Phèdre se retrouvent dans un night-club de la péninsule arabique.

Qu’ont à nous dire ces grands archétypes féminins quand elles se livrent à cœur ouvert ? Elles parlent image, passion, corps, souffrance et domination masculine. Et puis, au fur et à mesure de leurs échanges, elles découvrent des continents inexplorés et des expériences transgressives : Aphrodite se lance dans le cinéma, la Vierge se réapproprie son corps, mais Phèdre reste à jamais chevillée à sa funeste passion.

Ici, en extrait, un retour introspectif de la Vierge à propos de sa virginité et de ses conséquences auprès des femmes.

VIERGE : […] Je ne suis que vierge, ne peux être que vierge, ne peux demeurer que vierge et ne suis adorée qu’en tant que vierge. J’ignore ce que j’ai pu faire pour être punie de la sorte, ce que j’ai pu faire pour que soit niée la partie joyeuse de mon corps. Je peux comprendre la portée symbolique de la chose : mon fils, qui n’est pas mon fils puisqu’il est fils de Dieu, n’a pu être conçu dans la violence inévitable à la défloration qui voit le sang couler entre les cuisses de la jeune fille lorsque l’hymen se déchire. Lui, le fils de l’amour, ne peut être contredit par le sang qui a présidé à sa conception. Nécessairement, il me fallait être un miracle.

APHRODITE : C’est très beau.

VIERGE : En théorie, mais en pratique quel désastre! Et j’en veux beaucoup à ces Hyppolyte qui ont décrété que je suis la pureté indépassable, me rendant à mon corps défendant, responsable du malheur de ces femmes incapables de voir entre ses lèvres au bas de leur ventre, non plus le joyau de leur être, mais cet insect infecte, leur sexe, dont elles auraient tant voulu se départir. Des générations de femmes convaincues d’être des merdes parce qu’elles n’étaient pas moi. Parce qu’elles ont échoué à demeurer vierges après avoir été, pour la plupart, violées durant leur nuit de noces. Des siècles de femmes transférant l’impossibilité de nettoyer la saleté de leur défloraison sur leur maison. Lavant et récurant. La grande cohorte de femmes de ménage ! Obsession de la propreté ! Incapables d’effacer cette tâche effroyable de la pénétration, de l’éjaculation, du sperme, elles n’ont de cesse de frotter les corps de leurs enfants. Quel gâchis ! Tout ça pour une figure poétique.

APHRODITE : Ils se sont inspirés d’Artémis, ceux qui ont fait de toi cette vierge.

VIERGE : Peut-être mais au dieu qui voulait la violer, Artémis sortait son revolver et ne disait pas : « Je suis la servante du Seigneur ».

Extrait de Une chienne, Wajdi Mouawad, Leméac/Actes Sud-Papiers, 2016

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